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Constantin Brâncuși

Constantin Brâncuși FR

Savais-tu que les vraies histoires commencent elles aussi par « Il était une fois » ?

Constantin Brâncuși est l’un des sculpteurs les plus célèbres de l’époque moderne et de l’art contemporain. De ses mains, la Roumanie a reçu la Colonne de l’Infini – une échelle silencieuse vers le ciel –, la Table du Silence et la Porte du Baiser.

L’univers artistique qu’il a créé est né de la simplicité du monde roumain, du lien avec la nature et de la bonté des gens. Il fut une personnalité complexe que peu ont réussi à connaître pleinement et à comprendre véritablement.

« Quand j’étais enfant, je rêvais toujours que je volais parmi les arbres et dans le ciel », confiait Brâncuși.

Constantin, cinquième enfant de la famille, est né le 19 février 1876 dans le village de Hobița, près de Târgu Jiu. Dès son enfance, ses mains ont appris à travailler le bois sous le regard attentif de son grand-père et de son père, des hommes simples qui sculptaient des objets nécessaires à la vie quotidienne.

Curieux de nature, Constantin partait souvent à pied vers la ville, animé par un désir profond de découvrir le monde au-delà des limites de son village. Il fut tour à tour apprenti chez un teinturier, puis chez un commerçant qui lui demandait de porter les lourds paniers des clients. Plus tard, il travailla dans un modeste établissement où le brouhaha des gens se mêlait au son des violons. C’est là qu’il rencontra le musicien Mihalache.

— Garçon, je vois que tu aimes la musique et que tu sais travailler le bois, lui dit le musicien un soir. Je parie que tu ne peux pas fabriquer un vrai violon.

— Si, je peux ! Tu vois cette boîte en bois ? Je vais la transformer en violon.

Et il le fit. Pendant tout un hiver, ses mains ne se sont pas arrêtées. Lorsque le printemps arriva, le violon était prêt. Le musicien prit l’instrument, toucha les cordes et le son remplit la pièce.

— Ce violon… sonne mieux que le mien !

Ce ne fut pas seulement le musicien qui remarqua son talent, mais aussi son employeur. Un soir, Ion Zamfirescu le regarda par-dessus le comptoir.

— Garçon, ce serait dommage que tu restes ici. Je vais t’aider à entrer à l’École des Arts et Métiers de Craiova.

Après avoir obtenu son diplôme, il partit pour Bucarest. Là, il allait chercher non seulement un métier, mais sa véritable vocation. Son talent fut remarqué par ses professeurs, et cette reconnaissance lui apporta sa première commande importante – une expérience qui allait lui donner une leçon douloureuse.

— Te sens-tu capable de sculpter le buste du général Carol Davila ? Nous souhaitons l’installer dans la cour de l’Hôpital militaire de Bucarest.

Il accepta sans hésiter. Il travailla beaucoup, mais la commission chargée de payer l’œuvre décida que la sculpture n’était pas suffisamment réussie.

Le coup fut dur. Triste et déçu, Constantin quitta la Roumanie et partit seul, à pied, vers Paris, emportant avec lui peu de choses et un rêve immense : devenir un artiste reconnu dans le monde entier.

Le voyage fut long et impitoyable. Le jeune homme, qui n’avait pas encore trente ans, connut des nuits à la belle étoile, avec le ciel pour toit et la terre froide pour lit. Il vendit sa montre, puis ses vêtements. Il lava la vaisselle dans des restaurants et continua sa route, affamé et transi de froid. Ce n’est qu’au bout d’un an qu’il arriva dans la Ville Lumière, où il s’inscrivit à l’École des Beaux-Arts.

Mais il n’oublia jamais ce voyage. Il conserva en mémoire les lumières et les ombres, le silence des nuits et les visages rencontrés en chemin. Tout cela allait se retrouver plus tard dans le silence de ses sculptures.

En 1907, Constantin fut accepté comme apprenti dans l’atelier d’Auguste Rodin, le célèbre sculpteur français, souvent comparé à Michel-Ange. Après seulement un mois, Rodin lui dit :

— Reste travailler avec moi.

Constantin répondit avec respect mais aussi avec détermination :

— Maître, rien ne pousse à l’ombre des grands arbres. Je chercherai mon propre chemin.

Dans les années qui suivirent, Brâncuși donna naissance à des œuvres essentielles : La Prière, Le Baiser – considérée comme la première sculpture moderne du XXe siècle – et La Sagesse de la Terre. Pour ces œuvres, il choisit la taille directe, une technique ancienne qui le rapprochait des artisans de son village natal. Il ne rompit pas avec ses origines, mais les éleva au rang d’art universel.

Beaucoup de ses créations sont nées de rencontres réelles. Mademoiselle Pogany, inspirée de la peintre hongroise Margit Pogány, ne représente pas un simple visage, mais un état intérieur.

« Je ne veux pas copier ses traits. Je veux saisir ce qui reste quand on ferme les yeux. »

Brâncuși poursuivit ensuite la recherche de la « forme pure ». Il travailla le plâtre, le marbre, le bronze et le bois, éliminant tout détail inutile. C’est ainsi que naquirent les Oiseaux.

Pour lui, le vol exprimait la liberté, le dépassement et l’aspiration vers l’infini. Il réalisa 29 variantes de cette idée.

En 1926, ses œuvres furent envoyées aux États-Unis. À la douane, les fonctionnaires refusèrent de reconnaître La L’Oiseau dans l’espace comme une œuvre d’art.

— Où est l’oiseau ?

— Dans le vol, répondit Brâncuși.

Pour eux, l’art devait imiter la réalité. Pour lui, il devait la dépasser.

Sa reconnaissance grandit rapidement. Ses œuvres furent exposées à Paris, Londres, New York et ailleurs. Marcel Duchamp disait :

« Brâncuși ne crée pas des objets, il crée des idées. »

Passionné aussi de photographie, il laissa plus de 1 250 images à l’État français.

À Târgu Jiu se trouve son seul ensemble monumental complet : La Voie des Héros, avec la Porte du Baiser, la Table du Silence et la Colonne de l’Infini – symbole de continuité et d’élévation.

« C’est un projet de colonne qui, agrandie, pourrait soutenir la voûte céleste », disait-il.

Après la Seconde Guerre mondiale, Brâncuși choisit de laisser son atelier à la France. Aujourd’hui, il est reconstitué près du Centre Pompidou.

Constantin Brâncuși s’est éteint le 16 mars 1957, à l’âge de 81 ans, laissant derrière lui une œuvre intemporelle.

Plus de deux cents sculptures témoignent de sa quête de l’essence.

Son art ne parle pas d’une époque, mais de toutes.

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